La violence du miroir : Quand la grossophobie s’invite de l’intérieur

C’est une scène banale, presque universelle. Une soirée d’anniversaire, des rires, la chaleur des retrouvailles, et soudain, au détour d’une part de gâteau ou d’une photo prise sur le vif, l’ambiance bascule. Mais l’agression n’est pas celle que l’on croit. Personne n’a pointé du doigt sa voisine. Non, la violence est venue de l’intérieur.

Cette situation, je l’ai vécue récemment. Elle illustre parfaitement une réalité trop souvent passée sous silence : la grossophobie n’est pas toujours le fait des autres. Elle peut être une arme que l’on retourne contre soi-même.

L’ennemi intérieur : comprendre la grossophobie internalisée

Dans notre société, nous sommes habitués à dénoncer les agressions « hétéro-agressives » — celles qui viennent d’autrui. Mais il existe une forme de violence plus subtile, plus insidieuse, car elle est socialement acceptée, voire encouragée : l’auto-agression.

C’est ce qu’on appelle la grossophobie internalisée.

À force d’entendre des discours stigmatisants, de subir des injonctions de minceur et d’assimiler l’idée que notre valeur est liée à notre poids, nous finissons par faire nôtres ces jugements. Ces critiques que nous avons tant rabâchées finissent par devenir notre propre voix intérieure. Dès lors, il devient « normal », presque « convivial », de s’insulter, de se dévaloriser ou de se moquer de son propre corps devant une assemblée qui hoche la tête avec un accord tacite.

Le cercle vicieux de la validation collective

Lors de cette soirée, je me suis retrouvée muette. Moi qui ai pourtant l’habitude de prendre la parole, j’ai choisi le silence. Pourquoi ? Parce que je savais qu’une simple remarque n’aurait pas suffi. Face à un groupe de femmes qui valident mutuellement leur propre dévalorisation, une intervention aurait pu être perçue comme une intrusion, voire une agression.

Prendre conscience de ce mécanisme demande du temps. Il m’a fallu des années pour déconstruire ces pensées. Car oui, je l’avoue : ce comportement, je l’ai eu. Ce cercle de femmes qui s’unissent dans l’autocritique, j’y ai participé. C’est une manière de se protéger, de dire « je me blesse avant que tu ne le fasses », mais c’est un poison pour l’estime de soi.

Apprendre à ne plus « dé-voir »

Aujourd’hui, mon regard a changé. Il y a un point de non-retour : une fois que l’on a pris conscience de cette violence, on ne peut plus l’ignorer. On ne peut plus « dé-voir ». Il m’est désormais impossible de m’infliger une telle douleur devant témoin, et encore moins de cautionner ce processus de destruction par le silence.

C’est précisément là que réside le cœur de mon métier : vous accompagner pour renouer un dialogue interne apaisé.

On parle souvent d’amour inconditionnel de soi. C’est un bel objectif, mais soyons honnêtes : il peut paraître inaccessible, voire intimidant. Mon rôle n’est pas de vous forcer à vous aimer à tout prix du jour au lendemain. Mon ambition est plus humble, mais peut-être plus essentielle :

  • Franchir les premières étapes vers le respect de soi.
  • Instaurer une trêve dans la guerre que vous menez contre votre corps.
  • Retrouver une forme de bienveillance et de sérénité au quotidien.

C’est déjà un immense pas que de cesser d’être son propre bourreau.


Et vous, qu’en pensez-vous ?

Ces situations de « dévalorisation partagée » vous parlent-elles ? Avez-vous déjà ressenti ce besoin de vous critiquer vous-même pour vous intégrer à une conversation ou pour devancer les jugements ?

Que vous ayez été témoin, victime ou participante de ces échanges, votre expérience est précieuse. Partagez votre ressenti en commentaire, discutons-en ensemble dans un espace de respect et de sororité.

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